Ch’Poilu, en léthargie pendant 100 ans et exhumé… projet d’un documentaire

Ch’Poilu, en léthargie pendant 100 ans et exhumé… projet d’un documentaire

11.01.2016.

Projet d’un documentaire : “Un poilu revit sous les traits d’une marionnette pour un film.”

Le tournage d’un documentaire de fiction est en cours actuellement en Haute-Somme. Il met en scène Célestin ch’Poilu, en léthargie pendant 100 ans et exhumé.

Jeudi 7 janvier, à l’intérieur du Glory hole de La Boisselle, une équipe de tournage a installé éclairages et caméras, autour de deux personnages. Enfin trois, car il faut compter avec le marionnettiste, Laurent Devime. « J’ai passé beaucoup de temps à construire cette marionnette, car il fallait que Célestin soit crédible. Il a fallu faire des recherches, pour que les tissus et les teintes soient conformes à l’époque », signale-t-il.

CELESTIN, témoin de la Grande Guerre, épisode 1 from Vic Production on Vimeo.

CELESTIN, témoin de la Grande Guerre, épisode 2 from Vic Production on Vimeo.

Des rencontres dans le cadre d’une quête de savoir Reste que les objectifs cadrent Célestin, qui joue au journaliste, face à David Thomson, un Britannique installé sur place. Ce dernier, féru d’histoire, accueille et joue les guides pour ses compatriotes, en visite sur les lieux de mémoire de la Grande Guerre. Cela tombe bien, car Célestin est avide de connaissances sur cette période. Car des souvenirs, il ne lui en reste que très peu et ils lui reviennent par bribes. Alors, il mène l’enquête, un siècle après. « Le scénario repose sur une idée originale : raconter la Grande Guerre aujourd’hui n’est plus possible qu’en faisant appel à des historiens historiens ou spécialistes, puisque les derniers témoins ont disparu. Nous avons choisi de raconter cette période par épisodes courts, à travers le récit de cette marionnette, exhumée d’une tranchée oubliée, enfouie pendant un siècle. C’est aussi un clin d’oeil à la tradition des marionnettes picardes, explique Jérôme Palteau, le réalisateur.

Notre personnage est à la fois témoin, acteur, narrateur et se fait journaliste. Disparu à la fin de la guerre et au coeur du conflit, il part à la recherche de sa propre histoire : que s’est il passé depuis sa disparition ? Mais aussi vers la  compréhension de ce qu’il ignorait à l’époque, du fait de son statut de simple soldat. Il est un passeur d’histoires. Ainsi Célestin, personnage central de ce documentaire de fiction, va aller de site en site, à la recherche de personnes qui vont l’aider dans sa quête de savoir. Mais, c’est aussi avec le regard et les préoccupations d’un jeune homme de vingt ans que le voyage commence. Pour les besoins de cette histoire, découpée en épisodes d’environ trois minutes, Célestin était censé être un interprète français, installé à l’État major britannique, au château de Querrieu, à une vingtaine de kilomètres du front. C’est de cet endroit qu’a été donné l’ordre du déclenchement de l’offensive du 1er juillet 1916, qui va devenir la bataille de la Somme. Enfoui dans le Lochnagar crater « L’élément déclencheur de l’offensive, pour les soldats alliés, a semble-t-il été les explosions des mines. Ceci, à partir d’énormes quantités d’explosifs, grâce au travail de soldats, qui creusèrent sous les tranchées ennemies.

C’est d’ailleurs pour cette raison, que nous avons souhaité exhumer Célestin dans le trou de mine de La Boisselle, qui représente un lieu symbolique très fort pour la bataille de la Somme en 1916. Il semblerait que ce soit le seul trou de mine de cette envergure, qui soit pratiquement resté entier et accessible au public. Il a une centaine de mètres de diamètre et une trentaine de mètres de profondeur. L’endroit est devenu le Lochnagar crater et marque les esprits de ceux qui le visitent », prévient Jérôme Palteau.

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Ainsi donc ce film à épisodes, s’il utilise les ressorts de la fiction, a une ambition réelle de documentaire, pour expliquer, grâce aux spécialistes et témoins rencontrés par la marionnette, la vie des tranchées et les conditions dans lesquelles les soldats partaient au combat. Sans noircir le tableau, mais sans angélisme non plus, comme des documents pédagogiques. C’est à la poursuite de cet objectif que les producteurs de cette série vont utiliser Célestin, afin qu’il aille à la rencontre d’historiens, mais également de personnes liées aux souvenirs et lieux de la guerre, simples dépositaires de la mémoire collective, sans pour autant être des spécialistes.

« Nous avançons pas à pas et épisode, par épisode, mais les spécialistes peuvent être des chercheurs ou des historiens français ou étrangers, mais également des praticiens actuels, tels que des militaires, des gardiens de musées, des jardiniers de cimetières militaires ou encore des descendants britanniques ou autres, des habitants des lieux, des passionnés de cette période (collectionneurs, joueurs de cornemuse…), des jeunes des chantiers d’entretien, des comédiens amateurs de la reconstitution historique, comme le son et lumière de Pozières, des amateurs de littérature ou de BD », signale encore Jérôme Palteau.

CARLOS DA SILVA

“LE COURRIER PICARD” le 10 janvier 2016